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dimanche 3 août 2014

Federico Garcia Marquez

Je viens de replonger dans Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Je l'avais lu d'une traite un été, ou je devais avoir 17 ou 18 ans. C'était le tout premier livre en espagnol que je lisais. Je l'ai commencé avec un dictionnaire à la main, mais au bout d'une trentaine de pages, j'avais la vocabulaire suffisant pour le lire sans aide, et je l'ai dévoré en 2 ou 3 jours. J'ai été totalement happé par ce tourbillon, ce foisonnement d’histoires et de personnages en apparence loufoques mais qui parlaient du chatoiement et de la dinguerie de l'histoire de l'Amérique Latine et, bien au delà, de l'humanité. En dehors de mon dictionnaire, j'avais aussi une feuille de papier sur laquelle je dessinais au fur et à mesure l'arbre généalogique de la famille Buendia, histoire de ne pas perdre le fil. J'ai encore cette feuille de papier, qui a bien jauni depuis tout ce temps. Il y avait des mots que je ne trouvais pas dans mon dictionnaire, car ils étaient sud-américains, mais je m'en fichais totalement, je continuais à lire. Je comprenais bien s'ils se rapportaient à une fleur, à un oiseau ou à un plat colombien que mon dictionnaire franco-castillan ne connaissait pas. Et cela me suffisait car ses sonorités mystérieuses ajoutaient à l'enchantement de la poésie de la langue de Garcia Marquez. C'est un livre qu'il faudrait lire à haute voix, pour goûter la qualité poétique de sa musique. Il y a un mot très particulier sur lequel j'ai trébuché, et que je n'oublierai jamais pour cela. Il est dans la toute dernière phrase qui finit par « porque las estirpes condenadas a cien años de soledad no tenían una segunda oportunidad sobre la tierra  ». C'était une phrase magnifique, poignante, la DERNIÈRE de ce monument, la chute finale! J'étais arrivé au bout de ce pavé, et je ne savais pas ce que signifiait « estirpe » !! J'ai été obligé de replonger, rageur, dans le dico, pour comprendre qu'estirpe signifie lignage, famille, race. Voilà comment gâcher un moment totalement magique, et s'en souvenir toujours.
J'ai acheté tout récemment la version électronique du livre avec cette facilité fabuleuse qui permet, en effleurant un mot sur la tablette, d'avoir aussitôt accès à la définition de ce mot dans un dictionnaire espagnol (qui n'ignore pas totalement les mots américains, et c'est tant mieux). Je me suis replongé dans le livre avec délectation, happé dès les premiers paragraphes comme la toute première fois. Un grand bonheur. Je le lis lentement, pour ne pas le finir trop vite.... 
J'ai repensé à l'anecdote qu'avaient rapporté les journaux en mai 81 lorsque Garcia Marquez avait été invité à la cérémonie d'inauguration de Mitterrand au Panthéon. Il se baladait parmi les invités en rigolant, montrant son carton d'invitation qui disait « Federico Garcia Marquez ». Gabriel Garcia Marquez n'était pas encore Prix Nobel mais c'était déjà un monument des lettres. Néanmoins, le petit personnel qui rédigeait les invitations l'avait gentiment mélangé avec Federico Garcia Lorca, ce qui ravissait, bien sûr, Garcia Marquez qui montrait son carton à qui mieux mieux. Curieusement, cette anecdote semble totalement oubliée aujourd'hui, aucune trace n'en existe sur le Web. Heureusement qu'il y a cet article de Gérard Courtois du Monde (daté du 15/05/2012, mis à jour le 28/03/2013) qui cite effectivement « Federico Garcia Marquez » parmi les invités de la cérémonie du Panthéon. Monsieur Courtois a dû se replonger dans les archives de 1981 pour rédiger, 31 ans un tard, son papier et il a fidèlement recopié l'ânerie de l'époque. Je n'ai donc pas rêvé, merci Monsieur Courtois. Je suis sûr que, là où ils sont tous les deux, Gabo et Federico doivent encore en rire ensemble.

dimanche 4 mai 2014

Dans la cour

Dans la cour, de Pierre Salvadori, film à recommander. Comme toujours avec ce réalisateur, le film a un bon
rythme, aborde les sujets graves sans s'appesantir inutilement, alterne l'humour et la gravité sans céder à la facilité. Catherine Deneuve, absolument géniale en bourgeoise parisienne angoissée, de plus en plus barrée au fil des événements. Gustave Kerven en gardien d’immeuble amateur, qui se retrouve à gérer une maison de fous. Pio Marmai en trafiquant de vélos volés halluciné. Un film plein d'humanité sans jamais être mièvre, très drôle, bien filmé, une très bonne surprise. Un regret tout de même, le film se termine sans que l'on connaisse la recette des endives au jambon de Catherine Deneuve. Désolé si je vous ai gâché votre film. Si vous ne voulez pas que je le gâche encore d'avantage, ne lisez pas ce qui suit. La phrase finale du film est magnifique, mais bon, c'est aussi la fin du film, alors....

Attention, ne lisez pas plus avant si vous voulez aller voir ce film!!! Dernière chance !: Catherine Deneuve, en voix off, dit "Les mensonges de ceux qui nous aiment sont les plus belles preuves d'amour". C'est bien trouvé, non ?

jeudi 1 mai 2014

Carta a Eva

Vu sur Arte la minisérie espagnole « Carta a Eva » (Lettre à Eva). On a beau dire, mais une série en 2 épisodes c'est autre chose qu'une série en 62 épisodes, comme « Breaking Bad », par exemple. Excellente série, mais qui nécessite bien des soirées d'abnégation sur canapé. Mais ne digressons pas. Cette série-ci se passe en 1947, alors que l'Espagne est exclue des Nations Unies pour cause de fascisme, et meurt de faim: elle a besoin du blé argentin. Eva Perón est envoyée en visite officielle en Espagne et la série raconte ses démêlés avec Franco et surtout sa femme, Carmen Polo. En parallèle, on suit l'histoire d'une militante communiste condamnée à mort et dont la famille demande la grâce à Eva Perón via une lettre, la fameuse « Carta a Eva ». J'ai adoré cette plongée dans l'Espagne des années 40, à une époque où le bourricot était le moyen de transport des campagnes, où les riches étaient riches par la grâce de Dieu, où les BD étaient des instruments de propagande, où le pays sortait juste de la guerre civile, avec deux camps opposés tout aussi déterminés dans leur haine de l'autre. J'ai lu des dizaines de bouquins et d'articles sur la guerre civile espagnole.
Pourtant, c'est en voyant ces images (de fiction) de prisonniers torturés, de femmes arrêtées en pleine rue, du chantier du Valle de los Caidos où mouraient les ouvriers républicains que j'ai ressenti comme jamais l'horreur de la période. Bien sûr, nous sommes en 2014, on épargne au consommateur de séries les images trop pénibles, les garde-chiourmes sont quand même humains finalement, les gamins sont attendrissants, la série finit bien. Mais l'impact de ces quelques images est incroyablement plus fort que celui des mots (oui, je sais, je redécouvre une évidence que Paris Match a compris depuis longtemps). L'habilité de la série est de ne pas trop s’appesantir sur des questions qui fâchent encore, mais de se délecter des combats de pintades entre Eva et Carmen, l'une excessivement glamour et pro-prolétaires, l'autre vêtue de strict, emperlousée avec son chapelet à portée de main. Franco, la "sentinelle de l'Occident", a le rôle d'un gentil patapouf qui ne veut pas d’histoires avec sa femme, ni avec le blé argentin. On se marre bien avec les espagnols qui font tout ce qu'ils peuvent pour en mettre plein la vue à Eva, mais voir comment celle-ci finit toujours par avoir le dessus. Même si les ressorts de la série sont éculés (la modernité contre le conservatisme, la pauvre fille issue de rien contre la bourgeoise qui se pique d'être marquise, etc...), le jeu entre les espagnols coincés et la furia transatlantique est vraiment réussi. La devise de l'Espagne de l'époque était: Una, Grande y Libre; dans cette histoire, une grande fille libre venue d'Argentine lui a damé le pion.

samedi 22 février 2014

Ils sont vraiment très, très, forts

Un nouveau film israélien, «Bethléem», est à l'affiche, je me précipite, d'autant que l’œuvre
en question a été largement primée. C'est l'histoire d'un jeune palestinien qui travaille pour les services secrets israéliens et est tiraillé entre sa famille, ses amis, et sa vie d'agent double. Tout au long du film, qui n'est pas mauvais, j'ai eu une bizarre impression de déjà vu. Des scènes de galopade dans les collines arides, les villages palestiniens où Tsahal déboule en crissant des pneus, les jets de pierre, les mères éplorées, les salons vides avec les sièges recouverts de housses en plastique, les kalachnikovs, les barbus rébarbatifs, etc., etc. Tout ça me disait quelque chose. Ce n'est qu'à la toute fin que m'est revenu le souvenir d'un autre film israélien, lui aussi tourné dans les territoires palestiniens, « Omar » avec grosso modo la même histoire et la même fin, tourné, comme « Bethléem » en 2013. Du coup me sont aussi revenus en mémoire deux autres films israéliens jumeaux parlant d'une histoire d'amour gay impossible entre un jeune israélien et un jeune palestinien: « The Bubble » en 2006, et sa copie quasi fidèle « Alata » en 2012. Tous ces films sont soutenus par le « Israël Film Fund ». Ce fonds a permis le tournage et la promotion de très bons films comme « La fanfare » ou «  Danse avec Bachir ». Globalement, il finance des films intéressants dans lesquels les israéliens n'ont pas forcément le beau rôle, ce qui est plutôt courageux pour un fonds dont la finalité est, à n'en pas douter, de promouvoir l'image d’Israël à l'étranger. 
Dans le cas des films jumeaux Omar/Bethléem et The Bubble/Alata, deux explications possibles: soit une négligence des décideurs du fonds qui n'ont pas vu qu'ils finançaient deux fois le même film, soit, ils ont trop bien compris que la répétition est la base de la pédagogie. Complotistes de tout poil, qu'en pensez-vous? 

dimanche 17 novembre 2013

Le dernier des injustes

Claude Lanzmann a interviewé en 1975 Benjamin Murmelstein, le dernier des doyens des conseils juifs des ghettos créés par les nazis encore en vie. Il en a tiré des heures d'interviews, dont il a fait un film (3h38, tout de même). Même si Claude Lanzmann se défend à longueur d'interviews ces jours-ci d'avoir réalisé des entretiens complaisants, le résultat est tout de même un plaidoyer pro domo de la part d'un personnage, volubile, intelligent et souvent drôle, mais qui, pour avoir survécu à de telles circonstances, a forcément d'énormes parts d'ombre. Ce film pose la question infernale du « Qu'aurais-je fait dans les mêmes
circonstances?». Question sans réponse tant les décisions prises à un instant donné dépendent de trop de raisons, bonnes ou mauvaises, conscientes ou pas, avouables ou pas, du niveau d'information que l'on a de toutes les composantes de la situation et de mille autres choses encore. Donc, bonne question pour susciter la réflexion mais à laquelle il n'y a pas de bonne réponse. De fait, ce qui m'a le plus intéressé dans ce documentaire ce sont les moments où Murmelstein remet les pendules à l'heure comme lorsqu'il dit que les habitants des ghettos étaient des martyrs mais pas des saints (rien de choquant en soit, la nature humaine est ce qu'elle est, mais qui oserait dire cela aujourd'hui?). Ou lorsqu'il insiste à plusieurs reprises sur l'ignorance dans laquelle étaient, jusqu'aux dernières semaines de la guerre, les protagonistes, en dehors des responsables nazis, de l'existence de camps d'extermination et de l'ensemble du système de la solution finale qui nous semble une telle évidence. Le recours à l'anachronisme étant la ficelle la plus facile pour susciter l'émotion, lire l'Histoire et formater les idées, on peut se réjouir qu'un tel documentaire soit projeté dans tant de salles de cinéma.
 

samedi 27 avril 2013

Viva la siesta !



Suite à une belle soirée à Covent Garden il y a quelques semaines, j’ai voulu tester la retransmission d’un opéra dans une salle de cinéma, Viva l’Opera ! Le calendrier des retransmissions en direct m’a conduit à aller voir Hansel et Gretel de Engelbert Humperdinck. Je dois avouer que M Humperdinck ne m’évoque rien de précis, mais, voyant qu’il s’agissait d’un élève de Wagner, je me suis laissé tenter. En effet, mon plus gros problème avec l’opéra est ma tendance à m’endormir. Avec Wagner et ses tonitruances, j’espérais minimiser le risque d'assoupissement.
Bref, me voilà à l’UGC Bercy. Un semblant de chic à l’entrée, hôtesse avec programme. Quelques
présomptueux/euses se baladent bien l’air détaché une coupe de champagne (en plastique) à la main, un peu déplacés dans le décor, mais en dehors de cela, une faune bonasse, familiale et variée. Populaire, quoi. Je m’installe dans les meilleures dispositions, l’ouverture se passe, le son est plutôt plat, faiblard, sans relief. Je ne désespère pas que cela s’améliore ensuite. Hélas, hélas ! Foin de cavalcades wagnériennes et d’envolées exaltantes. Au lieu de cela, une musique planplan, un son toujours sans relief, des chanteuses crispantes de mièvrerie sous prétexte de faire enfantin, des images maronnasses et floues, une mise en scène pénible, bref l’ennui, le sommeil irrépressible et sortie à l’entracte. Moralité : une expérience à ne pas renouveler. A laisser aux mélomanes impécunieux mais fanatiques (ou sous hautes doses de caféine).

vendredi 2 novembre 2012

Nous York



J’ai assisté à une projection privée pour bloggeuses influentes de « Nous York », le nouveau film de Géraldine Nakache qui sort la semaine prochaine. Je n’étais pas invité en personne, d’une parceque je ne suis pas une bloggeuse, et deux parce que mon impact sur la bloggosphère est fort limité (à des happy few de très haute qualité, tel(le) que vous cher(e) lecteur/trice). Ils ont bien fait de ne pas m’inviter parceque je n’ai pas grand-chose de charitable à dire sur Nous York. Dommage, ça commençait bien, le générique était bien tourné, et la bande son bien entraînante, mais le film s’essouffle trop vite. Mon conseil : regardez plutôt « Tout ce qui brille », le film précédent de Géraldine Nakache, lui aussi avec les deux copines inséparables Ely et Lila (Géraldine Nakache et Leila Bekhti), mais infiniment plus frais, enlevé, drôle et émouvant. Je ne l’avais pas vu en son temps, mais je suis fort content de l’avoir vu ce soir. Et, plutôt que de vous laisser un billet pas gentil sur un film pas bien marquant, je pensais important de vous faire partager ma joie de l’avoir vu. On le trouve en quelques clics sur la Toile. Alors, à vos claviers !

dimanche 30 septembre 2012

Les arts de l’Islam au Louvre


Si vous aimez le Musée du Quai Branly, vous aimerez les nouvelles salles des arts de l’Islam au musée du Louvre. Il y a la même accumulation d’objets (vases, objets usuels en métal, coupes, plats en cuivre, morceaux divers de céramique et de bois), que l’on retrouve presque à l’identique d’une vitrine à l’autre mais pour illustrer des techniques différentes. Un cheminement que l’on pense initialement chronologique qui, très vite, s’avère partir dans tous les sens pour plutôt suivre l’évolution des techniques. Des murs noirs sinistres où que le regard se pose. Et le toit que l’on a tant vanté dans la presse (le tapis volant, le voile doré, le nuage flottant) n’a rien de doré ni de spectaculaire lorsque l’on est dessous. C’est une sorte de grillage qui n’incite ni à l’émerveillement ni à la méditation. Bref, grosse déception. 
Déception heureusement compensée par la visite, tout au fond du musée, des salles des arts d’Afrique, Asie, Océanie et Amériques. Là, très peu de visiteurs, beaucoup d’espace, très peu d’objets mais uniquement des chefs d’œuvres, aucune prétention éducative mais seulement esthétique, beaucoup de lumière, des murs blancs. Bref, une muséographie extrêmement agréable et totalement dépassée.

mardi 1 mai 2012

C'est pas Dieu possible


Cherchant les paroles de « Belinda » sur le Web (oui, je sais, il n’y a pas de quoi se vanter), je suis tombé sur cette vidéo de karaoké. C'est un peu poussif au début, mais ça vaut la peine d'attendre. Ils ne respectent vraiment rien.
Sinon, les paroles de Belinda c’est « Elle a les yeux bleux Belinda, elle a le front blond, Belinda, Elle a les yeux bleux Belinda, elle a le front blond, Belinda, Elle a les yeux bleux Belinda, elle a le front blond, Belinda, Elle a les yeux bleux Belinda, elle a le front blond, Belinda ». Allez, tous ensemble, tous ensemble !

vendredi 27 avril 2012

Intermède culturel


Kurt Masur a fait une chute pendant un concert, c’est un miracle que ce ne soit pas arrivé plus tôt. Il y a 2 jours, par exemple. 
Il y a 2 jours, il dirigeait le concert d’Amnesty International au théâtre du Chatelet. Il y avait là le peuple de gauche. Le gratin du peuple de gauche, plus précisément, celui qui habite Boulevard Saint Germain, etc..., etc.... Tout d’abord le concerto pour violon de Tchaikovski avec une violoniste du nom de Sarah Nemtanu absolument extraordinaire de virtuosité, et puis la 1e symphonie de Chostakovitch avec toute la puissance de l’Orchestre National de France, c’était exceptionnel. Kurt Masur, qui peut à peine marcher et à peine bouger les bras, a dirigé tout cela sans coup férir. La salle retenait son souffle à chacune de ses quelques montées et descentes sur l’estrade, craigant le pire, qui ne s’est pas produit. J’appellerais bien ça le triomphe de la volonté, mais je ne voudrais pas sembler manquer de goût. Donc, voilà, c’était juste un billet pour élever le débat et reconnaitre l’exploit et le talent.
PS : L’autre bonne nouvelle culturelle du moment étant, bien sûr, que Patrick Poivre d’Arvor a été refusé par l’Académie Française. Comme dit Kurt, il y a des moments où Alles gut, kein problem.

dimanche 5 février 2012

L'invention du sauvage au Musée du Quai Branly

Malgré les frimas et un mauvais rhume, je me suis traîné hier jusqu’au musée du Quai Branly. Le billet coupe-file est un affront aux principes d’égalité et de fraternité républicains. Mais il m’a permis d’éviter la file d’attente en plein vent qui piétine sous ce bâtiment moche fait de morceaux de plastique collés de façon précaire les uns aux autres. L’intérieur était conforme à mon souvenir : sombre, confus, un capharnaüm de bricoles de tout poil et de toutes provenances qui fait plus penser à la galerie d’un marchand pressé de proposer des articles ethniques pour toutes les bourses et tous les goûts, qu’à un musée destiné à l’élévation de l’âme. L’endroit a tout de même été conçu avec l’aide désintéressée d'un marchand d’ « arts premiers » parisien, grand ami de Jacques Chirac.
L’exposition « Exhibitions - L’invention du sauvage » parle de « l’exhibition du sauvage » avec deux grands volets : les phénomènes de foire à travers les siècles (femmes à barbe, enfants siamois, géants et autres monstruosités) et la mise en scène de spécimens humains exotiques tels que les indiens de Buffalo Bill et les canaques de l’Exposition Coloniale de 1931. Il y a là moult affiches de cirque et d’expositions itinérantes pressant le badaud de venir voir par lui-même la monstruosité et la sauvagerie, souvent concupiscente et dénudée. L’exposition se finit par un film qui insiste lourdement sur le fait que tout ce que l’on vient de voir n’est pas bien du tout, et qu’il ne faut pas se moquer de la différence de son prochain. C’est une précaution bien nécessaire, des fois que le visiteur n’ait pas tout compris et regrette une époque aux mœurs plus simples. Tout ceci m’a bien éclairé. Je vais d'ailleurs vérifier que l’exposition sur Pompéi au Musée Maillol n’élude pas le fait que les droits syndicaux des gladiateurs n’étaient pas totalement respectés et que le Sénat romain faisait peu de cas de la parité homme-femme. Il est important d’être vigilant sur ces choses-là.

lundi 16 janvier 2012

John Gardener

Trois Golden Globes pour The Artist. Le film était calibré pour ça, mais on est content quand même. J’aime bien Jean Dujardin. Enfin un acteur qui prépare comme un pro ses discours d’acceptation de prix, qui ne fait pas semblant d’être sidéré par cette récompense, qui ne se contente pas de remercier son producteur, son éclairagiste, son tonton, sa tata, qui ne sanglote pas en disant « Je vous aime tous tellement !, Merci ! Merci ! Merci ! » d’une voix mourante, avant de repartir plié par l’émotion, le visage ravagé par les larmes, pour se jeter dans les bras de ses obscurs co-équipiers. Il ne se prend pas non plus pour Patrice Chéreau, il n’a pas les cheveux gras, les dents jaunasses, la voix inaudible, le teint maladif et le front torturé. C’est vraiment rafraîchissant. Je me demande s’il est bien français, ce gars-là.

vendredi 26 août 2011

The Artist

Vu en avant-première The artist de Michel Hazanavicius (oui, j’ai fait un copié-collé pour son nom, j’avoue). Il s’agit donc du film muet en noir et blanc du Festival de Cannes 2011. Un film mémorable. Des tronches géniales, une utilisation de la musique (et des silences) unique, des images superbes, des scènes magiques (le bal ! le porte-manteau !). Et puis quelques vieux acteurs recyclés en vignettes géniales (Malcolm Mac Dowell à peine changé depuis « If », Palme d’or 1969, voir ci-contre. John Goodman! et le chauffeur dont je ne connais pas le nom!).
Ce film est une magnifique idée sur Hollywood, le cinéma, les acteurs, les larmes à l’œil en salles obscures. Jean Dujardin est exceptionnel, Véronique Dijo et le petit chien le sont aussi dans leur genre.
Le problème avec Michel Hazanavicius (re copié-collé) est que ce film est comme ses deux OSS117 : il tourne autour d’une idée géniale, mais avec une seule idée on a du mal à meubler 1h30. Il commence de façon exceptionnelle, puis traîne en longueur, la magie a du mal à durer et on s’ennuie un peu, même si on a très, très envie de rester sous le charme. Mais bon, tout ceci n’est que finasseries de critique cinématographique haut de gamme, du genre à être invité aux soirées du Label des Spectateurs UGC, voyez, haut de gamme. Pour les autres, ce qu’il faut retenir de The Artist est que c’est un film à ne pas rater, on s’en souviendra longtemps, et avec grand plaisir. Et c’est un film français, qui se vendra bien à l’export, Cocorico, Monsieur !

dimanche 21 août 2011

La piel que habito

La bande –annonce me laissait craindre le pire : film torturé, histoire sanguinolente, thriller pseudo-scientifique, personnages glaçants. Je suis donc allé voir le dernier film d’Almodovar en traînant les pieds. Et j’ai été conquis. La dite bande-annonce ne révèle en fait absolument rien du scénario qui est sacrément bien ficelé. Les trouvailles visuelles pour lesquelles on aime Almodovar sont au rendez-vous, le film baigne dans une esthétique léchée au petit poil qui change des films français aux acteurs crasseux et aux dents jaunasses (voir la bande-annonce de « Tu seras mon fils », à titre d'exemple). Bref, du glamour, de l’aventure, du suspense, du cinéma, du vrai, olé.

vendredi 19 août 2011

Midnight Express

De retour de Turquie, j’ai téléchargé Midnight Express, film qui a bouleversé toute une génération à sa sortie (1978, c’était hier) et été une énorme catastrophe pour l’industrie touristique turque. L’histoire est celle de Billy Hayes, jeune touriste américain qui se fait pincer en essayant de sortir du cannabis de Turquie, est envoyé en prison et a beaucoup, beaucoup, beaucoup de mal pour en sortir. J’en avais le souvenir d’un film fort, marquant, avec des scènes bouleversantes et une bande musicale fantastique. Je me souviens bien de la musique, et même du nom de son compositeur, Georgio Moroder, j’ai dû écouter la cassette environ un millier de fois, à l’époque.
En revanche j’avais oublié qu’à l’époque le comble de l’horreur était lorsque le chat du co-détenu se retrouvait pendu à un fil électrique. Que la scène de torture la plus atroce était une bastonnade sous la plante des pieds. Qu’un bisou sur la bouche entre le héros et un co-détenu scandinave sous la douche suffoquait de stupeur la salle de cinéma. Que la vision des minarets au soleil couchant, avec la musique de Georgio Moroder à fond la caisse, nous semblait terriblement effrayante, exotique et pleine de promesses poivrées. Que les jeans moulants étaient aussi moulants devant. Et que la méchanceté des gardiens de prison turcs se manifestait par des regards noirs, des portes claquées et quelques baffes. Il y a bien sûr la scène finale, dont je ne dirai rien de précis parce que c’est la scène finale et qu’elle a scandalisé par son horreur absolue la génération dont je parlais plus haut ; mais, franchement, cette scène aujourd’hui semblerait des plus anodines à une classe de CM2. Le plus beau de l’affaire est que la dite scène finale est une invention pure et simple des scénaristes (Oliver Stone sévissait déjà) et que le film est seulement vaguement basé sur l'histoire vraie de Billy Hayes. Et c’est seulement maintenant qu’on me le dit !

vendredi 24 juin 2011

Jean-Louis l'a tuer

Entendu hier Jean-Louis Borloo sur Canal Plus qui, à une question du style « A quel acteur vous compare t’on le plus souvent? » a répondu « L’inspecteur Columbo, mais je crois qu’il est mort ». Et Michel Denizot d’indiquer « Je ne crois pas que Peter Falk soit mort », et les animateurs d'acquiescer ("non, non, il va très bien, Columbo").
Eh bien, voilà que les gazettes nous apprennent, ce soir, la mort de Peter Falk ! Coup du sort ? Coïncidence ? Magie noire ? Si j’étais Sarkozy, je m’en méfierais, moi, du Jean-Louis.