mardi 3 juin 2014

L'abdication (séquence nostalgie)

Je ne sais pas bien pourquoi la nouvelle de l'abdication de Juan Carlos m'a rempli d'émotion. Pourtant, je verse rarement une larmichette sur Point de vue - Images du Monde, je n'ai jamais rencontré JC, ni connu quelqu'un qui le connaissait. Sans doute cela me ramène à l'époque où l'Espagne m'enthousiasmait, l'Espagne des vacances, du dépaysement total, de la littérature latino-américaine en plein boom dans les années 70. Je me souviens que les adolescents de la bourgeoisie valencienne avec qui je traînais (à l'époque, il n'y avait que les grands bourgeois espagnols qui pouvaient prendre des vacances, même au pays) l'appelaient « el tonto », « el idiota congenital ». C'était l'année de la mort de Franco. Les pesetas étaient de pièces sévères, un peu inquiétantes, qui portaient encore le profil du caudillo « Por la gracia de Dios » d'un côté et « Una, grande, libre » de l'autre, avec le faisceau, le joug et les flèches de la Phalange.
Juan Carlos était un personnage falot, soupçonné d'avoir été choisi par Franco à cause de son imbécillité et dont les bonnes langues prédisaient l'impuissance à faire quoi que ce soit de bien. Un personnage bien loin du sauveur de la démocratie qui a impressionné le monde lors du coup d’État de Tejero en 1981. C'était l'époque où je ne me lassais pas de relire le premier article de la constitution de 1978 que je trouvais magnifiquement écrit et sonnant superbement à l'oreille « España se constituye en un Estado social y democrático de Derecho, que propugna como valores superiores de su ordenamiento jurídico la libertad, la justicia, la igualdad y el pluralismo político. ». Bref, j'étais un peu exalté. 
L'abdication de Juan Carlos est donc finalement juste un signe de plus du temps qui passe, ce qui ne met jamais tellement en joie. J'ai, bien sûr, écouté son allocution télévisée. J'espérais un grand moment, un discours qui ferait date, un testament politique du plus haut niveau, de l'éloquence, de la grandeur. Las, le texte était plat, convenu, dit sans aucune émotion ni trace d'humanité. La chute du discours est totalement minable "Je garde et garderai toujours l'Espagne au plus profond de mon cœur". Non mais, allo, quoi? C'est quoi cette chute ? C'est avec ça qu'il espère laisser une trace dans l'Histoire? Je préfère ne pas me demander si les petits cons valenciens des années 70 n'avaient, peut-être, pas complètement tort. Gardons plutôt nos illusions d'antan.

dimanche 4 mai 2014

Dans la cour

Dans la cour, de Pierre Salvadori, film à recommander. Comme toujours avec ce réalisateur, le film a un bon
rythme, aborde les sujets graves sans s'appesantir inutilement, alterne l'humour et la gravité sans céder à la facilité. Catherine Deneuve, absolument géniale en bourgeoise parisienne angoissée, de plus en plus barrée au fil des événements. Gustave Kerven en gardien d’immeuble amateur, qui se retrouve à gérer une maison de fous. Pio Marmai en trafiquant de vélos volés halluciné. Un film plein d'humanité sans jamais être mièvre, très drôle, bien filmé, une très bonne surprise. Un regret tout de même, le film se termine sans que l'on connaisse la recette des endives au jambon de Catherine Deneuve. Désolé si je vous ai gâché votre film. Si vous ne voulez pas que je le gâche encore d'avantage, ne lisez pas ce qui suit. La phrase finale du film est magnifique, mais bon, c'est aussi la fin du film, alors....

Attention, ne lisez pas plus avant si vous voulez aller voir ce film!!! Dernière chance !: Catherine Deneuve, en voix off, dit "Les mensonges de ceux qui nous aiment sont les plus belles preuves d'amour". C'est bien trouvé, non ?

jeudi 1 mai 2014

Carta a Eva

Vu sur Arte la minisérie espagnole « Carta a Eva » (Lettre à Eva). On a beau dire, mais une série en 2 épisodes c'est autre chose qu'une série en 62 épisodes, comme « Breaking Bad », par exemple. Excellente série, mais qui nécessite bien des soirées d'abnégation sur canapé. Mais ne digressons pas. Cette série-ci se passe en 1947, alors que l'Espagne est exclue des Nations Unies pour cause de fascisme, et meurt de faim: elle a besoin du blé argentin. Eva Perón est envoyée en visite officielle en Espagne et la série raconte ses démêlés avec Franco et surtout sa femme, Carmen Polo. En parallèle, on suit l'histoire d'une militante communiste condamnée à mort et dont la famille demande la grâce à Eva Perón via une lettre, la fameuse « Carta a Eva ». J'ai adoré cette plongée dans l'Espagne des années 40, à une époque où le bourricot était le moyen de transport des campagnes, où les riches étaient riches par la grâce de Dieu, où les BD étaient des instruments de propagande, où le pays sortait juste de la guerre civile, avec deux camps opposés tout aussi déterminés dans leur haine de l'autre. J'ai lu des dizaines de bouquins et d'articles sur la guerre civile espagnole.
Pourtant, c'est en voyant ces images (de fiction) de prisonniers torturés, de femmes arrêtées en pleine rue, du chantier du Valle de los Caidos où mouraient les ouvriers républicains que j'ai ressenti comme jamais l'horreur de la période. Bien sûr, nous sommes en 2014, on épargne au consommateur de séries les images trop pénibles, les garde-chiourmes sont quand même humains finalement, les gamins sont attendrissants, la série finit bien. Mais l'impact de ces quelques images est incroyablement plus fort que celui des mots (oui, je sais, je redécouvre une évidence que Paris Match a compris depuis longtemps). L'habilité de la série est de ne pas trop s’appesantir sur des questions qui fâchent encore, mais de se délecter des combats de pintades entre Eva et Carmen, l'une excessivement glamour et pro-prolétaires, l'autre vêtue de strict, emperlousée avec son chapelet à portée de main. Franco, la "sentinelle de l'Occident", a le rôle d'un gentil patapouf qui ne veut pas d’histoires avec sa femme, ni avec le blé argentin. On se marre bien avec les espagnols qui font tout ce qu'ils peuvent pour en mettre plein la vue à Eva, mais voir comment celle-ci finit toujours par avoir le dessus. Même si les ressorts de la série sont éculés (la modernité contre le conservatisme, la pauvre fille issue de rien contre la bourgeoise qui se pique d'être marquise, etc...), le jeu entre les espagnols coincés et la furia transatlantique est vraiment réussi. La devise de l'Espagne de l'époque était: Una, Grande y Libre; dans cette histoire, une grande fille libre venue d'Argentine lui a damé le pion.

mardi 22 avril 2014

Pâques aux citrons


Déjeuner de Pâques sur l'enchanteresse île de Procida dans le golfe de Naples, découverte l'été dernier grâce à une excellente amie bretonne
Grand soleil, pas un bruit de voiture, le pêcheur qui raccommode ses filets sur le port, les barques qui se balancent doucement, la quiétude d'un dimanche méditerranéen, un vrai décor de carte postale. 
Ce fut l'occasion de re-goûter la salade de citrons, pas indiquée sur la carte du restaurant mais, en demandant si « che insalata di limone ? », la chose est préparée en 5 minutes. Juste des morceaux de citron sur un lit de roquette, un poil d'huile d'olive et un peu de piment haché. La chair blanche des citrons, très épaisse, est étonnamment douce, la chair jaune l'est un peu moins (il s'agit de citrons crus, tout de même). 
Et en dessert, à la bonne pâtisserie de l'île sur le port principal, la lingua di bue (alias la langue de bœuf), pâtisserie feuilletée, fourrée à la crème pâtissière au citron, what else? Un vrai bonheur, un dimanche de Pâques perfectissimo.

samedi 15 mars 2014

Jacques a dit, une ânerie

Je suis tombé – vraiment – par hasard l'autre soir sur l'émission de Thierry Ardisson « Salut les terriens ». D'ordinaire, je zappe direct, mais, là, je vois la tête de Jacques Attali et me dis « Tiens ? Que fait-il là, dans une émission pareille? ». Et je tombe en pleine péroraison sur l'Ukraine, au moment où Attali explique l'intérêt d'Obama pour l'Ukraine en faisant le lien avec le film « The deer hunter » (Voyage au bout de l'enfer). C'est à 22:30 sur la vidéo de l'émission. Il affirme mordicus que le début du film montre un mariage ukrainien à Chicago. Chicago étant la ville d'Obama, « c'est tout simple » dit maître Jacques, péremptoire, tout s'explique de façon lumineuse. Respect total dans la salle et on repasse aux autres imbéciles sur le plateau. Cette affaire me turlupine depuis quelques jours, je me souvenais d'un mariage russe orthodoxe en Pennsylvanie, pas du tout d'un mariage ukrainien à Chicago. Je suis allé vérifier et ma mémoire était exacte. Jacques a dit une énorme ânerie, avec un aplomb qui ne l'est pas moins, énorme.

lundi 10 mars 2014

Le printemps syrien

Au beau milieu d'un article du Huffington Post intitulé "Syrie: cinq faits terrifiants sur l'état désastreux du système de soins après trois ans de guerre", et dans un paragraphe intitulé "Des conditions de travail effroyables" ce bandeau publicitaire: "Un bouquet sur la peau. Le printemps semble être arrivé avant l'heure au 30 Avenue Montaigne. Découvrez aujourd'hui Miss Dior Blooming Bouquet, une fragrance florale embaumant comme un bouquet de mille fleurs. Sponsorisé par Dior". 
Les conditions de travail effroyables au 30 Avenue Montaigne, on ne s'en indigne pas assez, je trouve.

mercredi 5 mars 2014

Révélations

Patrick Buisson est totalement carbonisé* après la révélation de ses enregistrements clandestins. Il a magnifiquement révélé ses qualités humaines et sa hauteur de vues. C'est très bien. Mais il n'y a pas de vrai scoop, nous dit-on, dans ces enregistrements. On est injuste : il y a quand même une révélation. Globalement, Sarkozy semble parler un français assez correct, sans grossièretés, ni invectives, il semble même poli dans l'intimité. 
Je l'imaginais assez bien comme Nixon, qui utilisait tellement de « fuck » de « shit », de « bullshit » et de
grossièretés diverses, que les transcripteurs des enregistrement du Watergate ont dû utiliser l'expression « expletive deleted » pour masquer ces horreurs pratiquement à chaque phrase, quand ce n'était pas plusieurs fois dans une seule phrase. Finalement, Sarkozy qui se rêvait en Kennedy n'arrive donc même pas au niveau de Nixon. Je ne suis pas injuste, là, si ?
* Trait d'esprit