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dimanche 15 novembre 2015

Leur faudrait une bonne guerre

J'ai ouvert ce blog à une époque où je n'imaginais pas y parler de choses aussi tristes que les thèmes de ces derniers billets. Il ne faudrait pas que cela devienne une habitude. 
Espérons que les assassinats de vendredi ne vont pas atteindre leur but. Bien sûr, il faut éradiquer les criminels, aller les tuer où qu'ils soient (jusque dans le chiottes comme disait un penseur contemporain), mais il faut aussi résister à la tentation de sur-réagir en agressant des gens qui ne sont pour rien dans cette imbécillité apocalyptique, et provoquer une guerre de religion en France. Avant nous, depuis des millénaires, sans doute aucune autre génération n'a connu une période de paix comme celle que nous avons connu, sans guerre sur notre sol. La bulle de confort dans laquelle nous vivons a déjà beaucoup duré, réjouissons nous d'avoir vécu cela et essayons de préserver cette exception historique le plus longtemps possible.
Quand à moi, il faudra vraiment que je pense à alimenter ce blog avec des choses légères et pétillantes, ce sera la meilleure réponse à jeter à la face des barbares !

dimanche 11 janvier 2015

Au revoir ?

Je me demandais comment je devais clôturer ce blog. La journée d'aujourd'hui me donne l'occasion de le faire correctement.
Les marches partout en France ont été des moments uniques d'unité, de partage et de bienveillance. C'était inespéré, c'était l'humanité, c'était la France dans ce qu'elle peut avoir de plus beau. Je sais bien que rien n'est réglé sur la façon dont on doit gérer la folie meurtrière de quelques imbéciles. Je sais bien que le drame que vient de vivre la France est bien peu de choses par rapport a ce que vit la Syrie, le Nigeria, l'Irak ou la Corée du Nord. Je sais bien que le courage de défiler en démocratie par un beau dimanche d'hiver n'est rien par rapport au courage de milliers d'êtres humains qui affrontent au quotidien la barbarie. Je ne sais pas comment cette journée passera à l'Histoire. Peut-être comme un moment de grande naïveté collective. Si c'est le cas, je suis heureux d'avoir été un naïf parmi autant d'autres.
Au revoir ?
 

dimanche 6 juillet 2014

Copenhague, 1864 et depuis lors

Très intéressant long week-end à Copenhague. En arrivant, en plein centre-ville, j'ai eu l'impression que le pays était en grève. Non, c'est juste que c'est calme, il n'y a pas grand monde dans les rues, les gens ont le temps, c'est reposant. J'ai mangé des harengs peut-être plus que de raison, il faut dire qu'on n'est pas là tous les jours et que ça peut être fameux les harengs marinés. Bien aimé aussi les gâteaux roulés blancs entourés de pâte d'amande et fourrés d'une chose épaisse au bon chocolat noir. Je n'ai pas trop compris pourquoi sur les "danish pastries" (qu'ils appellent en fait "viennoiseries", allez comprendre), il fallait rajouter soit du sucre, soit du chocolat, soit de la crème à quelque chose, bref il faut plus, le danois n'a jamais assez de trucs sur ses croissants. C'est comme les smorrebrod, pourquoi donc mettre tant de choses sur des petites tartines de pain beurré à la graisse de porc, au risque de ne pas savoir comment les manger sans en mettre partout? J'ai été étonné par le côté monotone de la langue danoise, sans relief, bien loin des musicalités du suédois qui sont tellement rigolotes. Étonné aussi par la discipline des locaux pour ne traverser que quand le petit bonhomme est vert. Les mêmes locaux qui acceptent aussi que leurs bacheliers, frais et roses avec des casquettes blanches, se baladent alcoolisés en beuglant à qui mieux-mieux dans des camions qui font le tour de la ville toute la sainte journée, avec force musique tonitruante. Il paraît qu'ils font ça pendant une semaine entière. Quelle santé, et quelle belle façon d'entrer dans l'âge adulte. Sinon, Copenhague, c'est très, très plat, c'est la ville du vélo, celui sur lequel on pédale presque debout et qui donne une fière allure mais aussi celui qui freine en pédalant en arrière, tout un apprentissage. Ce fut aussi la découverte du musée national et de ses superbes collections d'objets du Groenland, harpons, lunettes, magnifiques anoraks en fourrure, bottes fourrées, canoës et slips en peaux de bête des plus étonnants. Étonnante aussi a été la découverte que le Danemark est une société traumatisée par la perte de son empire. Bigre, en voilà une nouvelle. Mais oui, le Danemark, à une époque bénie régnait sur la Norvège, le sud de la Suède, l'Islande, le Groenland et avait même pour faire bonne mesure quelques possessions en Afrique (une partie du Ghana actuel), quelques Antilles et quelques comptoirs en Inde. Le coup de grâce a été donné en 1864 par la Prusse qui a fauché au Danemark 40 % de son territoire et 20 % de sa population avec les duchés du Schleswig et du Holstein. Ce n'était pas gentil, et 1864 est restée comme l'annus horribilis pour les danois. C'est fou toutes ces choses que l'on ne sait pas. Sinon, il faudrait que quelqu'un dise au Guide du Routard que Copenhague est une chose, Stockholm en es une autre. La page du guide 2014 qui résume les bons plans à ne pas rater à Copenhague est en fait celle de Stockholm. C'est fou comme c'est compliqué la Scandinavie, on devrait y aller plus souvent.





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samedi 1 février 2014

Addis-Abeba, le Musée ethnologique

Très peu d'information est disponible sur le Web concernant le Musée ethnologique d’Addis-Abeba (Addis Ababa Ethnological Museum). C'est dommage car il est situé dans le très beau parc de l'Université, très aéré et planté de grands arbres. Et dans un ancien palais de Hailé Sélassié, comme vous le savez. La muséographie est des plus sommaires, les vitrines sont sombres, souvent encombrées d'objets, et avec des explications des plus sommaires. L'idée semble être d'encourager le chaland à prendre un guide, pas bête ! Le plus grand intérêt de ce petit musée est de montrer la variété des croyances, coutumes et cultures de ce que je pensais être un pays très homogène. Que nenni ! Il y a de tout en Éthiopie, y compris au niveau religieux. Les chrétiens éthiopiens orthodoxes représentent un peu moins de la moitié des habitants, le reste se répartit entre musulmans (33%), diverses obédiences chrétiennes et animistes, il ne reste presque plus de juifs depuis que la plupart des falashas ont émigré en Israël. Outre la chambre et les salles de bains de M. et Mme Sélassié, le musée abrite une très intéressante collection d'art religieux, ainsi qu'un lion empaillé qui n'est plus de première fraicheur, et sur lequel les guides ont mille et une explications toutes plus ébouriffantes les unes que les autres. Devant le musée, un étrange escalier ne mène nulle part, si ce n'est à quelque mètres de hauteur le long d'un mât où flotte un drapeau. Il a été bâti par les italiens pendant leur occupation de l'Ethiopie (extrêmement sanglante cette occupation, qui l'eut cru, de la part de nos aimables cousins transalpins?). Chaque marche représente une année de fascisme depuis la marche sur Rome en 1922. Sur la dernière marche, un lion de Juda, symbole de l’Éthiopie, a été ajouté après la guerre. Histoire de régler un peu les comptes, non mais. 










jeudi 23 janvier 2014

Addis-Abeba, la salle de bains d’Hailé Sélassié

La visite du Musée ethnologique d’Addis-Abeba (Addis Ababa Ethnological Museum) vaut le détour. Nous y reviendrons. Le musée est situé dans un ancien palais de l’empereur Hailé Sélassié I, qu’il a habité jusqu’en 1960. A la fin de la visite du musée proprement dit, le visiteur est invité à passer par la chambre et la salle de bains  de l’empereur. Pas « les appartements impériaux », non, non, « la chambre et la salle de bains ». Soit, se dit le visiteur. Un personnage aussi fabuleusement mythique qu’Hailé Sélassié, Empereur d’Ethiopie, monarque absolu de droit divin, Roi des rois, descendant de la reine de Saba et du roi Salomon, ça doit vivre dans un luxe inouï. Des robinets en or au minimum. Et voilà en photos ci-dessous, le luxe fabuleux dans lequel le Négus et sa fort belle épouse, l’impératrice Menen Asfaw (1911-1962) réalisaient leurs ablutions. Tout à fait comme la salle de bains de mes grands-parents, dans le Lot, dans les années 1960. Et je ne crois pas que nous descendions de la reine de Saba. 
Chez les Sélassié, chacun a sa salle de bains, rose pour l’impératrice, bleue pour l’empereur. Détail piquant, le bidet est dans la salle de bains du Négus. L’impératrice, femme parfaite à tous égards n’en avait certainement pas l’usage, cela va sans dire.

 La salle de bains de l'Empereur
  La salle de bains de l'Empereur (suite)
  La salle de bains de l'Impératrice
   La salle de bains de l'Impératrice (détail)
 
Et enfin, l’impératrice Menen Asfaw (1911-1962)

dimanche 5 janvier 2014

La colline du printemps

Retour en Israël 18 mois plus tard. Je n'ai pas été aussi frappé que je m'y attendais par la différence avec un séjour en été. Bien sûr, comme dans tous les pays méditerranéens, les appartements sont mal isolés, le froid pénètre vite, mais on se débrouille sans grand problème. Je continue à adorer Jérusalem, même si ce n'est pas l'endroit le plus plaisant du monde. Comme toujours en Israël, on y trouve tout et son contraire, le plus beau et le plus moche, le plus plaisant et le plus irritant. Il ne faut pas se laisser énerver par les marchands de saloperies touristiques de la Vieille Ville. Ils ne font que perpétuer la tradition multi-millénaire des marchands du Temple qui guettent le pigeon-pélerin. Ne pas non plus se laisser attrister par tous ces gens qui tirent la gueule mieux que des parisiens dans le métro, ni par les vieux cons qui pullulent, sans doute dans l'attente de mourir ici pour être les premiers dans la file d'attente du Jugement Dernier. Tout ça n'est pas grave, je continue à aimer la beauté de la Vieille Ville, la modernité et la diversité de l'autre, et à être fasciné par la place de ce lieu dans l'histoire, dans les mythes, les religions et dans l'actualité. Le Mur, le Mont des Oliviers et l'église du Saint Sépulcre continuent à me fasciner, je ne me lasse pas d'y retourner. J'ai découvert cette fois-ci le minuscule musée d'art juif italien. Un petit bijou de classe et de simplicité. Si Eliezer Ben Yehuda avait été italien, l'hébreu moderne aurait-il été une langue mélodieuse plutôt que germanique? Les Israéliens seraient-ils des suaves méditerranéens?...
Tel Aviv l'été dernier m'avait déçu. En dehors de la plage, belle mais peu baignable, j'avais trouvé la ville poussiéreuse, assez moche, faite de bric et de broc, sans grand intérêt. Cette fois-ci, le soleil et la douceur de l'air rendaient justice à son nom de "Colline du printemps". La ville est jeune, sympathique, pleine d'endroits où les familles se baladent de bonne humeur, de cafés branchés sans être prétentieux, modernes sans perdre leur caractère. Et puis tellement d'arbres, de jardins, de chats paisibles, tout pour plaire, quoi. Pour les amateurs, ci-dessous, un petit Chagall daté 1932 du TAMA (Tel Aviv Museum of Art), qui représente la ruelle devant le mur «des Lamentations », avant que l'esplanade actuelle ne soit dégagée après la Guerre des Six Jours.

dimanche 27 octobre 2013

Les croissants au beurre

J'aime particulièrement les joggings du petit matin dans Paris quand ils se terminent par un retour rafraîchissant en Vélib'. Ce matin là, j'étais partie avec C., une excellente amie bretonne, qui, en bonne bretonne, a peur d'attraper froid. Elle soutient, en particulier, que les miasmes les plus épouvantables guettent le joggeur en sueur qui devient, le temps du parcours en vélo, le cycliste pas bien couvert. La mort annoncée. Ce matin-là, finissant un beau jogging au Luxembourg, C., haletante, a donc enfilé, façon poncho, un énorme sac poubelle de 100 litres, pour le retour en vélo. Passant près de chez Poilâne, rue du Cherche-Midi, l'idée
me vient de passer prendre quelques viennoiseries pour le petit-déjeuner. Nous garons donc les Vélib' sur le trottoir, et entrons dans la mythique boulangerie, moi en short et t-shirt, elle en sac-poubelle géant et noir. Il était tôt, personne ou presque dans la boutique. Ému par la solennité du lieu, j'indique en chuchotant à C. les spécialités maison : les excellents chaussons et tartelettes aux pommes. Elle opine du bonnet et ajoute, de sa voix d'enseignante habituée à réveiller une classe entière « OK et on va prendre aussi des croissants au beurre ». Gasp, me dis-je! Comme si Poilâne vendait autre chose que des croissants AU BEURRE... Je toussote et regarde ailleurs, mais en vain, elle s'adresse à une vendeuse et lui demande « quatre tartelettes aux pommes et trois croissants, au beurre ». La serveuse obtempère courtoisement. Hélas, ma généreuse amie se ravise et lui précise, « ou plutôt quatre croissants, quatre croissants au beurre ». Doux Jésus, nous étions faits et refaits !. Une fraction de seconde, j'ai pensé susurrer à la vendeuse « Excusez-là, elle vient de Bretagne ». Je n'en ai rien fait, le tact et l'amitié m'ont retenu, et je les en remercie encore. Les vendeuses, souriantes, nous ont très gentiment souhaité bonne route et nous sommes repartis en pédalant, les croissants au beurre au fond du sac à dos, le sac poubelle (100 litres) flottant au vent frais du petit matin.

dimanche 23 septembre 2012

Ils vont tuer la Mer Morte



Se baigner dans la Mer Morte est une expérience des plus étranges, d'autres chroniqueurs l'ont raconté. L’eau est cristalline, sans aucune algue ni poisson en vue, très chaude (en tout cas le 15 août) et très utile pour localiser des écorchures, irritations ou coupures de la peau que l’on ne savait même pas avoir (brulûre atroce = écorchure). Impossible de nager sur le ventre, la flottaison est telle que l’on se retrouve immédiatement sur le dos ; surtout, ne pas résister par des mouvements de bras ou de jambes inconsidérés car la moindre éclaboussure dans l’œil, le nez ou la bouche brûle de façon  insupportable. Une goutte suffit pour que l’horreur se déchaîne. La tête sous l’eau ? N’y pensez surtout pas ! Se baigner dans la Mer Morte c‘est un peu comme se baigner dans de l’acide tiède, si vous voulez. C’est amusant 5 minutes, mais on n’a pas trop envie de s’éterniser ou de s’éloigner du bord. L’important est de ne pas trop s’éloigner d’une douche d’eau douce en cas de nécessité vitale.
L’eau est absolument surchargée en sel, et, comme l’eau du Jourdain est presque entièrement pompée par les israéliens et les jordaniens avant d’arriver à la Mer Morte, et qu’un soleil de plomb fait s’évaporer l’eau qui est déjà là, la teneur en sel ne va pas baisser de sitôt. Et avec les usines qui extraient la potasse et celles qui récupèrent la boue pour en faire des produits de beauté (et les touristes qui embarquent sauvagement de la boue bénéfique), le niveau de l’eau baisse inexorablement. Il y a déjà des endroits où des bandes de terre isolent des bras de mer, voués à disparaitre au soleil. La Mer Morte est un endroit vraiment extraordinaire, mais menacé, à visiter avant qu’il ne soit trop tard. Vive la Mer Morte !

jeudi 6 septembre 2012

La Saint Sépulcre


L'église du Saint Sépulcre de Jérusalem inclut deux des lieux les plus importants de la Chrétienté: le lieu où Jésus de Nazareth est mort sur la croix, et celui où il est ressuscité d'entre les morts. Comme toujours à Jérusalem, un doute plane sur la véracité historique de lieu, mais le symbole est là, c'est ce qui compte.
Tout un chacun peut y entrer, gratuitement, sans même un petit contrôle de sécurité, et monter sur le rocher du Golgotha (bien recouvert d'autels, de balustrades, de marbre et de dorures, mais tout de même, on parle là de l'endroit où la Croix a été plantée, ce n'est pas rien). Ayant fait cela, tout un chacun peut redescendre par un escalier des plus raides, et se vautrer sur la pierre qui aurait servi à poser le corps du Christ, une fois que Pilate eût autorisé Joseph d'Arimathie à récupérer le corps; je dis "se vautrer" car c'est à peu de choses près ce que font certains visiteurs, chrétiens arméniens, je crois bien, pour qui cette pierre, posée en plein milieu de l'entrée de l'église doit être touchée, embrassée, étreinte autant que possible. A quelques mètres de là, se trouve le tombeau du Christ, dans une chapelle très étroite, tout en longueur, dans laquelle on peut pénétrer, après quelques instants de queue, sous le regard inquisiteur de prêtres grecs qui ne sont pas insensibles à un geste symbolique, peut-être, mais pécuniaire et donc beau. Collée, littéralement collèe, à l’arrière du tombeau du Christ, une minuscule chapelle gérée, elle, par des prêtres coptes. Cette chapelle est peut-être à l’arrière du tombeau, mais elle présente l’avantage concurrentiel par rapport aux grecs de l’autre côté de permettre aux visiteurs de placer des bougies qui brûlent ainsi au plus près de l’endroit où le Christ est ressuscité…. Ils sont fûtés ces coptes. Un coin remarquable car il est laissé à l’abandon est le tombeau de Joseph d’Arimathie. On y arrive, juste derrière le tombeau du Christ, en passant dans une chapelle vide, aux murs nus, au sol en terre battue dans laquelle traîne un grand trône en bois massif qui semble abandonné depuis bien longtemps. La tombe de Joseph d’Arimathie est au ras du sol, l’un des deux étroits boyaux horizontaux que l’on trouve en crapahutant à 4 pattes et en s’éclairant comme on le peut à la bougie. L’endroit est sans une décoration, sans une inscription, juste un trou étroit dans la roche, vide. Quand on pense que Joseph d’Arimathie a fait déposer le corps du Christ dans le tombeau qu’il avait fait creuser pour lui-même, on se dit qu’il a été bien mal récompensé de son beau geste. 
On peut passer des heures au Saint Sépulcre à découvrir plein de choses nouvelles: les très vieux grafitti sur certains murs, des bouts de colonnes sans doute romaines, des coins plus ou moins à l’abandon, des murs qui n’ont aucun sens apparent mais sont le résultat des guerres que se livrent les catholiques, les grecs, les coptes et les arméniens pour contrôler le lieu, le couvent éthiopien que l’on découvre au hasard d’un escalier, la citerne souterraine pleine d’eau claire sur laquelle flotte un Zodiac un peu dégonflé, il y a toujours quelque chose d’étonnant à trouver. Un sacré Capharnaüm, somme toute.


lundi 27 août 2012

Le mémorial des enfants de Yad Vashem


Le mémorial de Yad Vashem à Jérusalem est consacré à la mémoire des victimes juives de la Shoah. Un des ses principaux objectifs est d’identifier chacune des victimes, dont un bon nombre, aux alentours de 2 millions sans doute, ont disparu sans laisser aucune trace. Le site est vaste, formé de multiples lieux, et très visité, en particulier par des groupes de jeunes militaires silencieux, attentifs à ce que raconte leur guide. En Israël, le service militaire est de 3 ans pour les garçons et 2 ans pour les filles. Le service militaire est un élément fondamental de la cohésion de la société israélienne et de l’intégration des nouveaux arrivants. A les voir à Yad Vashem, on a peu doutes: les soldats israéliens ne sont pas formés pour être des victimes consentantes.
Pour moi, la visite la plus inoubliable sera celle du mémorial des enfants. Je me suis retrouvé, absolument seul, ébloui de soleil à l’entrée, à pénétrer dans un labyrinthe totalement obscur avec des voix chuchotantes et des milliers d’étoiles scintillantes, reflétées dans une myriade de miroirs tout autour de moi. Il faisait tellement sombre, que j’ai parcouru, seul, tout l’édifice à tâtons, au milieu des étoiles scintillantes (en réalité le reflet multiplié à l’infini de chandelles votives), les mains tendues devant moi, ne sachant où j’allais, jusqu’à trouver une rambarde qui m’a guidé sur le chemin de sortie, où j’ai retrouvé la lumière aveuglante de l’après-midi. 
En quelques minutes, on ressent, comme un enfant, à la fois l’émerveillement, l’incompréhension et la crainte, face à l’inconnu et à l’infini. La voix que l’on entend lit, un à un, les noms des enfants juifs assassinés pendant la Shoah. La lecture de la liste entière, naturellement incomplète, prend 3 ans.

dimanche 19 août 2012

Le hiérosolymitain


Essayer de résumer à quoi ressemblent les habitants de Jérusalem est aussi impossible que résumer à quoi ressemblent les habitants d’Israël. On trouve absolument tout et absolument son contraire en Israël et à Jérusalem. Avec, à Jérusalem, une connotation religieuse tout de même nettement plus marquée que dans le reste du pays, même dans la très vaste partie moderne de la ville. La vieille ville est divisé en quatre quartiers : musulman (le plus vaste), arménien (le plus vide car tout l’immobilier appartient à l’église arménienne), chrétien (peu différent du quartier arabe si ce n’est que les boutiques de souvenirs y vendent des christs et des couronnes d’épines), et juif (style blockhaus, hyper propre et organisé, car reconstruit après les destructions pré-1967). En dehors des nombreux touristes/pèlerins plus ou moins exaltés (le lecteur du Routard est généralement un calme, mais prudence tout de même), il y a énormément d’enfants  hiérosolomytains. Ces mouflets sont essentiellement dus au labeur intensif des juifs et des juives « orthodoxes » qui ont reçu pour mission du Très Haut de croître et se multiplier, ce qui ne laisse pas les « arabes » insensibles, et un match de bébés est actuellement en cours. J’ai mis « orthodoxe » et « arabe » entre guillemets car rien n’est simple, rien de rien, et ce n'est rien de le dire. Les « arabes » peuvent être musulmans (jusque là, OK), mais aussi chrétiens, druzes ou bédouins, et sans doute bien d’autres choses encore. Quand aux « juifs », très prédominants à Jérusalem, ils se décomposent en une foultitude de groupes qui vont du laïc goguenard au religieux le plus hermétique, avec des rites, des pratiques et des convictions qui varient du tout au tout (certains groupes juifs religieux sont hostiles à l’existence d’Israël, tout de même !). Mais ils sont tous bien convaincus d’avoir raison. Car une chose caractérise avant tout le hiérosolomytain, chrétien, juif, musulman ou divers: il a raison, il le sait, et il le fait savoir. Du coup, l’ambiance est souvent tendue et le hiérosolomytain, volontiers, comment dire ? rugueux.
Jamais aussi rugueux que le vendredi soir quand des centaines de « Noirs » (grosso modo des juifs ultra orthodoxes, barbus et chapeautés) dévalent en courant les ruelles de la vielle ville pour la prière du shabbat au Mur des Lamentations, avec force poussettes chargées de gamins à kippa poussés par des femmes étiques, en foulard, et bien souvent en cloque. Le parcours jusqu’au Mur est conçu pour éviter les musulmans qui, au même moment, sortent de la mosquée un peu échauffés, mais on ne peut s’empêcher de craindre qu’une sotte méprise ne désigne l’innocent touriste à la vindicte de l’un ou l’autre de ces allumés en mission pour le Seigneur. 
La morale de l’histoire est que Jérusalem est une ville extraordinaire, qui suscite les passions et les controverses, émouvante et choquante, dorée et répugnante, douce et rugueuse (j’aime bien l’adjectif « rugueux », je trouve qu’il convient bien à Israël), bref, impossible à raconter. 
 Je ne peux pas résister au plaisir de conclure sur une petite chanson qui a accompagné quelques unes de nos pérégrinations, ci-dessous. A vos commentaires !