jeudi 1 mai 2014

Carta a Eva

Vu sur Arte la minisérie espagnole « Carta a Eva » (Lettre à Eva). On a beau dire, mais une série en 2 épisodes c'est autre chose qu'une série en 62 épisodes, comme « Breaking Bad », par exemple. Excellente série, mais qui nécessite bien des soirées d'abnégation sur canapé. Mais ne digressons pas. Cette série-ci se passe en 1947, alors que l'Espagne est exclue des Nations Unies pour cause de fascisme, et meurt de faim: elle a besoin du blé argentin. Eva Perón est envoyée en visite officielle en Espagne et la série raconte ses démêlés avec Franco et surtout sa femme, Carmen Polo. En parallèle, on suit l'histoire d'une militante communiste condamnée à mort et dont la famille demande la grâce à Eva Perón via une lettre, la fameuse « Carta a Eva ». J'ai adoré cette plongée dans l'Espagne des années 40, à une époque où le bourricot était le moyen de transport des campagnes, où les riches étaient riches par la grâce de Dieu, où les BD étaient des instruments de propagande, où le pays sortait juste de la guerre civile, avec deux camps opposés tout aussi déterminés dans leur haine de l'autre. J'ai lu des dizaines de bouquins et d'articles sur la guerre civile espagnole.
Pourtant, c'est en voyant ces images (de fiction) de prisonniers torturés, de femmes arrêtées en pleine rue, du chantier du Valle de los Caidos où mouraient les ouvriers républicains que j'ai ressenti comme jamais l'horreur de la période. Bien sûr, nous sommes en 2014, on épargne au consommateur de séries les images trop pénibles, les garde-chiourmes sont quand même humains finalement, les gamins sont attendrissants, la série finit bien. Mais l'impact de ces quelques images est incroyablement plus fort que celui des mots (oui, je sais, je redécouvre une évidence que Paris Match a compris depuis longtemps). L'habilité de la série est de ne pas trop s’appesantir sur des questions qui fâchent encore, mais de se délecter des combats de pintades entre Eva et Carmen, l'une excessivement glamour et pro-prolétaires, l'autre vêtue de strict, emperlousée avec son chapelet à portée de main. Franco, la "sentinelle de l'Occident", a le rôle d'un gentil patapouf qui ne veut pas d’histoires avec sa femme, ni avec le blé argentin. On se marre bien avec les espagnols qui font tout ce qu'ils peuvent pour en mettre plein la vue à Eva, mais voir comment celle-ci finit toujours par avoir le dessus. Même si les ressorts de la série sont éculés (la modernité contre le conservatisme, la pauvre fille issue de rien contre la bourgeoise qui se pique d'être marquise, etc...), le jeu entre les espagnols coincés et la furia transatlantique est vraiment réussi. La devise de l'Espagne de l'époque était: Una, Grande y Libre; dans cette histoire, une grande fille libre venue d'Argentine lui a damé le pion.

1 commentaire:

CCcC a dit…

Chouette critique qui donne envie de voir la mini série. Arte a aussi programmé une série sur la Tchécoslovaquie dans les années 70 après le suicide de Yann Palach ... Passionnante.